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Tréfimétaux 

Du grand site industriel de 10 hectares s'élevant proche du port de Dives-sur-Mer, il reste aujourd'hui deux bâtiments remarquables qui nous permettent de nous replonger dans le passé de cette usine qui organisa la vie de toute une ville. 

En 1881, l’ingénieur Secrétan veut créer sa société, il s’associe donc à un ingénieur anglais, Elmore qui vient de mettre au point et déposer un brevet sur une méthode de fabrication des tubes de cuivres qui porte le nom d’électrolyse. L’association des deux ingénieurs donne donc naissance à la société “Elmore’s French Patent Copper Deposition Cy Limited”. 

 

La ville de Dives est choisie pour implanter une usine grâce à sa localisation proche du Havre et de l’Angleterre qui fournit le charbon, matière première pour faire tourner les machines. De plus, les terrains sont peu chers, la société achète donc 20 hectares pour la modique somme d’un franc le mètre carré (soit de nos jours environ 200 000€ pour 20 hectares). 

Enfin, la ville de Dives encourage cette installation car elle souhaite redynamiser son territoire par de nouveaux emplois qui pourraient attirer de nouveaux habitants.

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Naissance de l'usine

Eugène Secrétan, créateur de l'usine de Dives représenté vers 1880 © Collection Ouardes 

La production démarre seulement un an après le début de la construction, en 1892. Elmore quitte le projet et Secrétan reprend l’usine seul en créant la Société française d'électrométallurgie, rebaptisée en 1901 Société d'électrométallurgie de Dives. 

L’usine s'agrandit très vite et diversifie sa production avec le travail du cuivre et du laiton. On observe une certaine prospérité dans les débuts de l’entreprise avec de nouvelles commandes et une bonne réputation. Ainsi, de 1 300 tonnes de production en 1894, on référence 5 500 tonnes de production en 1899 à la mort de Secrétan. 

 

En 1902, c’est Daniel Bethmont, un des gendres de Secrétan qui reprend l’affaire. La gamme des productions est encore élargie, c’est d'abord  l’Etat qui conclut un contrat pour la construction de ses douilles et obus pour l’armée. Ensuite, l’usine de Dives se met à fabriquer de l’étain et du duralium, matière introduite pour la première fois en France à Dives. 

 

A la veille de la Première Guerre mondiale, la Société d'électrométallurgie de Dives est l’usine la plus importante du Calvados, les ouvriers sont alors au nombre de 1 200 et c’est 4 000 habitants que l’on trouve à Dives grâce aux cités ouvrières.

Logements d'ouvriers, rue Saint-Pierre. © Région Basse-Normandie, Inventaire général 

Logements d'ouvriers, rue Sainte-Cécile. © Région Basse-Normandie, Inventaire général 

Photo d'une femme dans l'usine en 1917 ©  Collection Quetron

Lors de la Première Guerre mondiale, le site de Dives se transforme en usine d’armement pour fabriquer des douilles de canons 75mm pour l’armée française. 

 

Face à la hausse importante de la production (environ 400 000 douilles par mois), la direction doit trouver toujours plus d’ouvriers. Ainsi, certains hommes obtiennent le statut d’affectés spéciaux et peuvent alors retourner à l’usine. La direction emploie également des ouvriers parmis les contingents coloniaux, ou utilise des prisonniers de guerre allemands qui sont mis à disposition de l’usine à partir de 1916. 

 

La grande nouveauté c’est l’introduction des femmes dans l’usine qui étaient sous-représentées face à l’omniprésence des hommes et des enfants. En 1916 elles sont au nombre de 450 dans l’usine et représentent alors ¼ des effectifs, soit une multiplication par cinq par rapport au temps de paix. 

Première Guerre mondiale

Dans les années 1920 en sortie de guerre, l’usine de Dives est à son apogée. L’usine s'agrandit en 1925 et diversifie une nouvelle fois sa production. 

Sont donc ajoutées aux unités de production déjà existantes : 

  • le travail du nickel 

  • la fabrication de pièces de monnaie

 

La direction engage en plus de l'agrandissement de l’usine une modernisation du matériel. Ainsi, des fours électriques sont installés et sont couplés avec une nouvelle centrale électrique qui alimente deux turbo-alternateurs et fournit l’électricité à l’usine. 

 

En 1929, l’usine est à son apogée avec 18 000 tonnes de production totale pour l’année et 1 800 employés (un effectif qui n’avait jamais été atteint en temps de paix).

Les années 1920 et l'apogée de l'usine

Laminage de planches de laiton. © Collection Duponchel 

Néanmoins, les conditions de travail sont très dures et ont dénombre encore de nombreux accidents de travail. Certains ouvriers sont amenés à travailler environ 60 heures par semaine. Les accidents les plus fréquents se déroulent dans la fonderie à cause de brûlures causées par le métal en fusion. 

Les opérations logistiques sont également très dangereuses, nombreux ont été les pieds écrasés par un tube de métal ou un chariot.

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Bâtiment de la fonderie. Fours de fusion. © Région Basse-Normandie, Inventaire général 

Occupation de l'usine par les ouvriers © Collection Quellien

En 1929, le contexte mondial est à l’heure du krach boursier de Wall Street, cette crise touche la France en 1931 et n’épargne pas l’usine de Dives. 

En 1933, on observe des regroupements d’entreprises pour limiter l’effet de la crise. Ainsi, la Société d’Electro-Métallurgie de Dives se fond dans la Compagnie Générale d’Electro-Métallurgie.

L’entreprise mène une politique très dure pour les ouvriers avec une diminution des salaires de 10% et le licenciement d’une centaine d’ouvriers en 1931. 

 

Des initiatives d’ouvriers commencent à se développer, par exemple en 1933 quand Robert Gangnon crée l’Union des Chômeurs de Dives et réussit à regrouper 100 personnes. En 1934 l’Union des Chômeurs de Dives entreprend une marche de la faim de Dives vers Caen. 

1929-1936 : situation de crise

Les grèves

Juin 1936

Novembre 1938

Une grève lancée par Emilien Dupuis qui éteignait les postes de contrôle et a été suivi par beaucoup de ses collègues. S’en suit une occupation de l’usine et la rédaction d’un cahier de revendications. Le patron surnommé “père Chambon” accepte de transmettre les revendications ouvrières au siège social de Paris. 5 jours après le début de la grève, les ouvriers obtiennent une augmentation de 22% des salaires les plus bas. 

La CGT lance une grève partout en France. A Dives, c’est plus de 90% des ouvriers qui ont cessé de travailler ce 30 novembre. La direction nouvellement assurée par Marcel Robert prend des sanctions en renvoyant des employés syndicalistes. Après des négociations, ces sanctions ont pu être levées sans violence et sans intervention des gardes mobiles.

Comme lors de la Première Guerre mondiale, dès le mois de septembre 1939 l'usine est requestionnée pour participer à l'effort de guerre en produisant des obus, douilles et cartouches pour l'armée française. Jusqu'en 1940, l'usine tourne à plein régime et les affectés spéciaux sont nombreux (environ 3 000 employés au total).

Néanmoins, en mai 1940 les allemands débutent leur occupation du Calvados et l'usine de Dives n'est pas épargnée. De plus, les liaisons commerciales sont rompues avec l'Angleterre, unique pourvoyeur des différentes matières premières : le charbon et le cuivre.  

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Suite à cela, le directeur Marcel Robert décide de licencier la quasi-totalité des ouvriers, c'est donc environ 1 300 ouvriers qui se retrouvent au chômage. Même si la production est à l'arrêt la décision est prise de fusionner avec la société de l'Aluminium Français et la Société du Duralumin et devient donc CEGEDUR. 

Seconde Guerre mondiale 

Voici la rubrique "La Guerre" du site internet de la mémoire ouvrière de Dives. Vous trouverez des détails ainsi que des témoignages d'anciens ouvriers. Je vous conseille de la parcourir, vous avez juste à consulter les diverses pages dans l'encadré ci-dessous.

La Libération

Le 6 juin 1944 les alliés débarquent dans le Calvados mais pas immédiatement à Dives. La ville connait donc de violents affrontements et bombardements lors de la bataille de Normandie, plusieurs morts civils sont à déplorer. 

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Les bâtiments de l'usine sont aussi endommagés à cause des obus mais aussi des sabotages allemands avant leur départ. La production reprend doucement en 1945 mais des problèmes d'approvisionnement subsistent. Les salaires sont jugés trop bas face à l'inflation d'après-guerre. En 1946 on observe donc diverses manifestations, par exemple la manifestation contre la vie chère en juillet 1946.

Usine après les dégâts causés par les bombardements de 1944. © Clichés de A. Dubourg

Après-guerre

L'usine se modernise dans les années 1950. Produisant alors des tubes de cuivre, des planches, de la monnaie, de l'alliage pour l'orfèvrerie, des pièces automobiles et de l'armement; la direction ajoute à ses équipement et à sa liste de production : 

  • une centrale au mazout en 1952​​

  • un atelier de production de tubes en plastique en 1956

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En 1967, Cégédur est acheté par l'entreprise Tréfimétaux. 

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Evolution de l'usine entre 1891 et 1982 © Collection Pochat 

En Juillet 1983, le Comité central d'entreprise de Tréfimétaux annonce la fermeture du site de Dives en mettant en cause le manque de compétitivité de son unité de fabrication de cuivre. 

Cette annonce est donc un drame pour les ouvriers, mais aussi pour la ville de Dives menacée de perdre son unique bassin d'emploi et ses finances car les impôts payés par l'usine permettent la stabilité des finances de la ville. 

S'en suit donc une occupation de l'usine par des ouvriers et des syndicats. Des CRS interviennent pour déloger les occupants de l'usine. La municipalité de son côté s'engage à lancer un plan d'industrialisation pour remplacer les emplois perdus. 

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Concernant l'usine, le projet de SERISOGEA est retenu en 1989, ce dernier prévoit une démolition en grande partie de l'usine et de certaines cités ouvrières pour construire un nouveau port de plaissance: le Port-Guillaume. Cette nouvelle construction permet de relier Dives à la ville voisine de Cabourg. 

Seuls deux édifices ont été conservés : les anciens bureaux et le logement du directeur très connu pour son beffroi. 

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Fermeture et reconversion

Démolition de l'usine pour le projet du Port-Guillaume, 1990. © Collection Ledorze

Et aujourd'hui ?

En 2004, c'est la médiathèque Jacques Prévert (ancienne bibliothèque de Dives) qui s'installe dans les locaux de 985m² des anciens bureaux administratifs de Tréfimétaux. 

En 2018, un projet de réhabilitation du beffroi en pôle culturel accueillant l'école de musique intercommunale et le Sablier, centre national des arts de la marionnette est lancé.  

Visitez le cœur des travaux de réhabilitation grâce aux photos prises par le Sablier

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