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La Société Métallurgique de Normandie
Au XXe siècle on voit se développer un nouvel intérêt pour le minerai de fer, dont le sous-sol normand est très riche. Ainsi commence l’histoire de l’usine avec le riche baron allemand Thyssen qui souhaitait exploiter le charbon, matière première pour ses hauts-fourneaux de la Ruhr mais qui finalement décide d’allier l’exploitation à la transformation pour exporter vers d’autres marchés en visitant la mine de Caen.
Le site de Colombelles est vite choisi grâce aux nombreux avantages de sa localisation proche du port de Caen, du centre-ville, de la mine de Soumont et du Plateau de Colombelles qui offre la possibilité de construire des logements à proximité directe de l’usine.
En 1910, la Société des Hauts Fourneaux de Caen est créée malgré une opinion publique divisée sur l’installation de l’industriel allemand. Le conseil français prend part dans les capitaux de l’entreprise afin de rassurer la population. En 1912, la Société des Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen (HFAC) est créée.
Origines et construction


Travaux de construction
©Collec. J.Dauphin- F. Lopez / Fonds ARCGIS

Construction de l'aciérie Thomas en 1918
© Bulletin SMN n°283, mai 1984
En 1914, l’arrivée de la guerre posent de nombreux problèmes pour la construction puis l’exploitation de l’usine.
Dans un premier temps, c’est le manque de main d'œuvre causé par le départ des hommes sur le front qui pose problème. Pour y remédier, on utilise de la main d'œuvre féminine, fin 1918, l’usine emploie 129 femmes sidérurgistes, 14 employées de bureau et 115 ouvrières. On recrute aussi de la main-d'œuvre étrangère : des réfugiés Belges exilés au Havre, des Portuguais, Grecs, Espagnols et Chinois sont appelés pour pallier la pénurie de main-d'œuvre. Enfin, la Loi Dalbiez du 17 août 1915 permet de faire revenir prêt d’¼ du personnel, ce sont près de 1 300 militaires qui sont rappelés du front et mobilisés à l’usine pour participer à l’effort de guerre industriel français car l’usine est réquisitionnée pour la fabrication d’obus.
Première Guerre mondiale


Après la Première Guerre mondiale, c’est la crise qui s’abat sur l’usine en 1921. L’activité d’un des deux hauts-fourneaux est stoppée et de nombreux salariés sont licenciés, ils étaient en effet au nombre de 4 900 en 1920 et ne sont plus que 3 400 en 1922. Cette même année, la société est même mise sous liquidation judiciaire.
Pour régler les problèmes financiers la Société des Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen fusionne avec la SNM et prend le nom de la Société Métallurgique de Normandie dont l’industriel allemand Schneider devient l’actionnaire principal.
Après cette fusion, l’usine connaît une période de prospérité et se dote même de nouveaux équipements comme un nouveau laminoir et un train à fil pour accroître sa production. A la fin des années 1930 la SMN participe même à la relance industrielle du pays en répondant aux commandes militaires de l’Etat français qui ont un grand besoin d’acier pour l’industrie de guerre.
Entre-deux-guerres
Seconde Guerre mondiale et Occupation
Sous l’occupation allemande, la production industrielle de la SMN est d’abord suspendue. Par la suite l’usine est réquisitionnée par le Reich pour “l’effort de guerre”. Néanmoins, l’usine souffre d’une pénurie de personnel et de difficultés pour s’approvisionner en matière première. A partir de 1942, les bombardements alliés participent à encore faire diminuer la production. Ainsi de 4 000 employés avant guerre on ne compte plus que 750 employés en 1943.
Figures de la Résistance
Gisèle Guillemot est une jeune femme de 18 ans en 1940, avec six autres jeunes du Plateau ils s’organisent pour distribuer des tracts contre l’occupant et appelant les ouvriers à saboter la production et à refuser de partir pour le STO. Néanmoins, en septembre 1941, une distribution est interrompue par la Gestapo et Michel Farré, un des jeunes résistants est arrêté par la Feldgendarmerie puis fusillé lors de la première exécution de masse avec douze autres personnes.


La guerre en chiffres
Le Plateau de Colombelles subit de nombreux bombardements destructeurs dont un qui est qualifié par les anglais de “plus grand bombardement aérien de l’histoire”. L’usine est donc presque détruite le 18 juillet 1944.
Au total, ce sont 19 soldats du Plateau qui sont morts au combat entre 1939 et 1945 et plus de 56 civils tués lors de la bataille de Normandie en 1944.



Reconstruction
A partir de 1944 ce sont six années de reconstruction qui s’engagent. Cette dernière ne comprend pas que l’usine détruite mais aussi toutes les infrastructures de transport ainsi que la cité ouvrière du Plateau. Le travail est colossal, le premier haut fourneau est rallumé en septembre 1950, ce sont 1 300 logements ouvriers détruits qui sont reconstruits auxquels viennent s’ajouter en 1953 soixante-quinze autres logements.
L’inauguration d’un nouveau théâtre en ville portant le nom de “théâtre de la Renaissance” nous montre bien l’état d’esprit après la Seconde Guerre mondiale et la volonté de reprendre une vie normale.

Grâce à de nouvelles infrastructures obtenues dans les années 1950 l’usine accroît sa production. Parmi les améliorations, on compte la nouvelle voie ferrée qui relie l’usine directement à la mine de Soumont et le SAS 2 du port de Caen dédié uniquement à l’exportation de la production et qui peut accueillir des cargos de 15 000 tonnes. Enfin, la reconstruction de Caen et d’autres villes après la guerre nécessite beaucoup de matériaux vendus par la SMN, ce qui participe aux bénéfices de la période.
L'âge d'or de la SMN :
1950-1974


La SMN et le SAS 2 du Port de Caen
© Fonds SMN

Vue aérienne du site d'environ 200 hectares à son apogée
© Collec. J. Dauphin - F. Lopez / ARCGIS
Par ailleurs, le nombre d’employés atteint un record en 1974 où l’on compte 6 400 membres du personnel de l’usine.
Néanmoins cette réussite étonne dans la région qui est encore marquée par une forte dominance de l’agriculture, la SMN prend donc vite le surnom de “forteresse industrielle”.
Cette réussite peut s’expliquer à la fois par la situation géographique de l’usine qui se trouve plutôt isolée dans l’Ouest et obtient donc un certain monopole sur le marché visé. De plus, l'accès direct à la façade maritime est un atout pour exporter rapidement.
Précisions techniques
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le fer a une faible teneur en carbone, c'est un matériau malléable et travaillé par laminage
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l’acier c'est 2% maximum de carbone allié à du fer, il est malléable et résistant et se travaille aussi par laminage. D’autres matières peuvent être ajoutées à l’acier (manganèse, silicium, chrome par exemple) pour former des alliages qui auront des propriétés différentes.
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la fonte c'est 2 à 6% de carbone allié à du fer, elle se travaille par moulage et se présente sous différentes formes selon la qualité du matériel → plutôt dur et résistant.

Document de communication de la SMN
© SMN
Entre 1910 et 1960 une politique paternaliste est mise en place par les dirigeants de l’usine.
Une politique paternaliste, c’est quoi?
Le paternalisme est une conception des rapports sociaux dans le monde du travail, un rapport ouvrier/patron est instauré par ce dernier qui apparaît comme un père en donnant des avantages (notamment sociaux) reproduisant alors le modèle de fonctionnement de la cellule familiale.
Le patron vit généralement directement sur le site de production pour forcer le rapport familial entre lui et ses ouvriers. De plus, cette relation ne s’arrête pas au temps du travail car elle déborde largement sur les loisirs et l'organisation du territoire. En somme, le patron fourni des infrastructures et doit en échange obtenir une obéissance et le respect.
Les industriels Schneider sont l’une des familles à avoir le plus utilisé les techniques paternalistes, notamment dans leur usine du Creusot.
Politique paternaliste et vie ouvrière
Comment cela se traduit à Colombelles ?
La construction d’une cité ouvrière sur le Plateau est un élément d’attractivité pour la main d'œuvre qui se voit attribuer un logement. Mais une fois les employés concentrés et fixés sur leur territoire, le patron peut mieux contrôler cette dernière en s'immisçant dans la vie quotidienne. Ce phénomène est accentué par la géographie du lieu, en effet la cité ouvrière est à proximité directe de l’usine et est éloignée en périphérie de la ville de Caen.
Les différences dans l’usine entre les rangs sociaux et les postes s’appliquent aussi sur le Plateau dans l’urbanisme et l’architecture des logements. Ainsi les ingénieurs et les cadres supérieurs sont d’emblés mieux lotis avec la construction de la cité-jardin à proximité directe de la maison du directeur et des grands bureaux.

Plan de l'urbanisme du Plateau 1913
© Collec. J. Dauphin - F. Lopez / ARCIS

© Bulletin SMN n°214, 14 juillet 1976

La fixation de la main d'œuvre passe aussi par la présence d’équipements collectifs, d’institutions et de lieux de sociabilité au sein de la cité ouvrière.
Ainsi on trouve de nombreuses activités et équipements socio-culturels qui s'appuient sur les valeurs et traditions du XXe siècle, le travail, l’école, la religion et la famille.
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Service médical, Coopérative de 7 magasins de vente de produits alimentaires, mercerie et habillement.
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École primaire, transport gratuit pour ceux qui veulent poursuivre leurs études et l'école de ménagère : un espace de formation mais surtout de sociabilité selon les témoignages recueilli par Alain Leménorel.
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une paroisse orthodoxe, l'Église Saint-Serge pour les ouvriers russes, Notre-Dame-des-Travailleurs
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le journal de l'usine : le bulletin SMN puis Actualités spéciales Normandie = un bulletin d’entreprise qui favorise la reproduction familiale dans le milieu professionnel avec une valorisation du travail, et de la famille famille.
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le cinéma, le théâtre
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importance des associations, notamment sportives ou de loisirs :
- l’Harmonie
- USN : Union Sportive Normande = rassemble trois sports : hockey sur gazon, basket et football. D’autres disciplines s’ajoutent par exemple, le tir sportif, le judo...
- la troupe du théâtre Renaissance
- Fête nationale : défilé des enfants des ouvriers déguisés en costumes d’usine



La politique paternaliste passe aussi par l'octroi d'avantages sociaux :
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bourses scolaires
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allocations pour la famille
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restaurant d'entreprise
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vacances et tourisme social
En 1974, une crise de l’acier frappe l’usine malgré sa grande période de prospérité. Les dirigeants choisissent tout de même de réaliser des investissements lourds dans des nouveaux équipements très modernes comme une aciérie à oxygène et une amélioration du Haut-fourneau n°3 pour pouvoir traiter un nouveau minéral : l’hématite.
Comme ils ont pu le faire précédemment, les dirigeants décident de fusionner deux entreprises : la SMN et les chantiers navals Schneider de France Dunkerque sous l'appellation de “Société Métallurgique et Navale Dunkerque Normandie”. Or, la crise de la construction navale et le choc pétrolier fragilise l’union et la SMN s’allie finalement en 1987 au groupe nationalisé depuis peu : Usinor Sacilor.
En 1991, Françis Mer, le PDG d’Usinor-Sacilor obtient du gouvernement une autorisation pour fermer le site d’Unimétal Normandie et avance comme argument la perte de 450 millions de francs en 1991. André Lajoinie, un député communiste défend l’usine et adresse une lettre au Premier ministre Edith Cresson pour lui rappeler la qualité des production et l’importance de cette usine qui est le principal pôle d’emploi dans la région.
Déclin et fermeture
Les opérations syndicales
Octobre 1991
Les sidérurgistes bloquent la navigation sur le canal maritime et clament que “Si la SMN doit mourir, il n’y a plus besoin de port, donc on ferme”.

Manifestation d'octobre 1991
© Collection particulière
7 novembre 1991
L'opération “Caen ville morte” réunit 10 000 personnes. Plusieurs syndicalistes saccagent les bureaux de la direction mais la fermeture se maintient.

© Liberté 28/03/1984
Le 5 novembre 1993 le dernier haut-fourneau est définitivement éteint.
Les ouvriers forment un cortège funéraire qui accompagnent une poche d’acier du site vers la place Reine Mathilde à Caen où se trouve le conseil régional de Basse-Normandie. On peut lire une banderole “merci Cresson” en référence au premier ministre qui a autorisé la fermeture de l’usine.

Cortège funéraire et transport de la poche n°50 au Conseil Régional
© P. Monchy

Poche n°50 déposée devant le Conseil Régional
© Collec. J. Dauphin - F. Lopez / ARCIS
Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui, le reste de la friche SMN est devenu un tiers-lieu. Mais c'est quoi un tiers-lieu ? On vous laisse regarder la vidéo ci-dessous !
Le Wip, c'est un tiers-lieu culturel, événementiel et de coworking. Vous pouvez retrouver la rubrique "projet" de leur site directement sous les photos que j'ai pu réaliser du lieu.


Découvrez la rubrique "projet" du site internet du WIP
Découvrez l'Association Mémoire et Patrimoine SMN
Cette association souhaite conserver, valoriser et transmettre le patrimoine de la Société Métallurgique de Normandie. Nous vous l'avons présenté à travers la navigation de leur site juste ici.
Cette vidéo est un exemple des nombreux projets qu'ils peuvent réaliser, ce dernier propose une visite virtuelle qui permet de (re)découvrir l'usine de la SMN à son âge d'or.



